Association des Richard du N.-B.

Descendants et amis de Michel Richard dit Sansoucy

L’agriculture et la colonisation

Rapport préparé par Mgr. M.F. Richard sur l’agriculture et la colonisation

Ce discours de Mgr. M.F. Richard ne figure pas au programme du congrès national de Saint-Basile, mais il est reproduit dans Le Moniteur Acadie et l’Impartial.  Dans Le Moniteur Acadien du 1er octobre, 1908, à la page 3, la note suivante accompagne le discours de Richard: « Nous avons déjà dit que Mgr Richard n’avait pas eu l’occasion de présenté son rapport sur l’agriculture et la colonisation au congrès national de Saint-Basile.  Le Moniteur a fait des démarches pour se le procurer, et aujourd’hui nous sommes heureux de pouvoir en publier une partie. »

Discours

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Il me semble qu’après avoir rempli la tâche de rapporteur sur la colonisation et l’agriculture à quatre conventions générales, on aurait dû confier ce devoir à un plus jeune, afin d’habituer la nouvelle génération à porter les armes au service de la patrie.  Comme il s’agit d’une question vitale pour l’Acadie et de la plus haute importance au point de vue national et religieux, il conviendrrait que ce fût un maître de l’éloquence qui fût appelé à chanter les grandeurs et les gloires de la plus ancienne comme la plus noble des professions.  On a défini l’éloquence « rayon de lumière pour l’esprit, et rayon de chanleur pour le coeur. »  Or c’est cette éloquence qu’il fait pour parler dignement et avec fruit de la colonisation et de l’agriculture, les deux colonnes de l’édifice national de tout pays, et les pierres angulaires de l’édifice religieux dans notre chère Acadie.

Or après soixante ans d’existence et de combat, le rayon de lumière et le rayon de chaleur sont passablement affaiblis en votre humble serviteur.  C’est pourquoi le comité exécutif de ce congrès qui sait si bien faire les choses, m’appariaît avoir erré dans le choix de rapporteur sur la colonisation et l’agriculture.  cependant, un vieux soldat ne peut rester sourd à l’appel de la patrie – je viens donc m’acquitter de la mission qui m’a été confiée, au risque de vous ennuyer, vous que je voudrais tant intéresser à mon important sujet.

Parlons d’abord de la dignité de l’agriculture.

Après l’honneur de gouverner la terre, il n’en est point qui égale celui de la cultiver.  C’est le seul état qui ait été jugé digne de l’homme au temps de son innocence et s’il lui a été maintenu après sa chute, c’est en souvenir de son élévation passée.  Pendant l’oeuvre des six jous, quand Dieu, qui fut le premie agriculteur, eut semé les étoiles dans les cieux, il sema les plantes avec les fleurs qui sont la poésie de la terre, et il voulut que l’homme fût chargé de faire la première moisson; de la cultiver, de semer après lui. Il fit de ce monde une chose seulement commencée, afin de nous laisser la gloire de l’achever: un corps sans âme afin qu’il nous fut donné de la vivifier en lui prêtant la nôtre.  Il voulu que son nom seul fût écrit sur le livre du Ciel, qui n’appartient qu’à lui, mais sur la terre qui est son livre aussi, il nous permit d’imprimer notre image, d’écrir l’histoire de l’humanité à côté de  celle de sa Providence.

Il garda pour lui les première pages, il nous lvra les autres, et depuis six mille ans que de plantes embellies, uque de races améliorées, refaites, qeu de gigantesques travaux; que de miracles n’y avons-nous pas écrits!

L’agriculture fait l’homme grand.  Il est bon de le dire et de le redire bien haut, dans un siècle ou on semble vouloir descendre l’agriculture du piédestal ou Dieu l’a placée, ou la religion l’a maintenue, et ou tos les hommes nobles de ocoeur veulent l’avoir demeurer, la considérant et avec raison la reine du monde e tl’insighe bienfaitrice de l’humanité.

Participants à la conventions national de Saint-Basile

L’agriculture a donné à l’histoire profane ses plus immortels souvenirs.  C’est elle qui éleva ces triomphateurs fameux que la victoire prit et qu’elle rendit à la charrue.  C’est l’agriculture aussi qui a donné à l’histoire du peuple de Dieu ses plus belles gloires.  David avait porté la houlette du pasteur avant de porter le sceptre; il avait disputé ses brebis à la gueule des lions avant de disputer la patrie à la lance de l’étranger.  Il avait mêlé les accents de sa lyre au murmure des vents, avant de les mêler à l avoix des peuples, à celle des siècles, aux concerts des anges.

Quand l’Église eut besoin d’hommes fortement trempés, c’est dans la soliture des champs, c’est au désert qu’elle alla les chercher.  la relivion aime l’agriculture parce que lorsque Jésus-Christ est venu au monde au milieu des pasteurs, c’est à l’agriculture qu’il a demandé le soutien de sa noble vie.  C’est l’agriculture qui a fourni le pain et le vin pour l’accomplissement du plus grand mystère d’amour opéré par Notre Seigneur durant sa vie mortelle.

La religion aime l’agriculture parce que comme notre âme elle est naturellement chrétienne; elle l’aime surtout parce qu’elle est son oeuvre, parce qu’elle est une de ses plus belles gloires.

La religion aime l’agriculture, la patrie l’aime aussi.  Elle l’aime parce qu’elle nourrit ses enfants, parce qu’elle alimente le commerce qui les unit, et l’industrie, qui sans elle n’est que le lit aride d’une source sans eau.  L’agriculture, en élevant les richesses des peuples au -dessus de leurs besois, fait plus qu’augmenter leur bien-être, ell eélève leur destinée.  Elle est une grande force pour une nation parce qu’elle nous rapproche de Dieu et nous met au coeur le respect des tradisitons saintes qui l’empêchent de s’égarer, parce qu’en nous attachant au sol d’ou sort une vertue secrète, ell enous rend immuable comme ce lutteur antique quie rien ne pouvait ébranler tant qu’il gardait son appuis; parce qu’elle fait les corps sains et robustes, les âmes patientes et vigoureuses.  La charrue, instrument de luttes, accoutume le laboureur à la lutte pour la défence de sa patrie et en fait le vrait patriote et l’insigue bienfaiteur de son pays.  les vrais soldats de l apatrit sont sans contredit les colons et les agriculteurs.  L’agriculture qui, à la surface, semble ne s’occuper qu des intérêts matériels, peut devenir, et devient en effet, un des éléments les plus féconds de la grandeur nationale.  C’est de l’agriculture que dépend la prospérité des peuples.  Aimons donc l’agriculture puisqu’elle est un art cher à la religion, un élément de bonheur, une des forces de la société, un hommage rendu au sol sacré qui nous a vu naître et que nous ne pouvons nommer sans émotions, parce qu’elle s’appelle la Patrie.

Convention national de Saint-Basile en août 1908

Considérons maintenant ce que la colonisation et l’agriculture ont accompli pour l’Acadie.  En ce jour de réunion nationale et patriotique, il convient de se rappeler ce que nos ancêtres ont fait pour nous préparer un avenir dans ce pays et nous donner une place d’honneur dans notre beau Canada.  D’abord il est bon de ne pas oublier que nos pères ont été les premiers défricheurs au Canada, les premiers colonisateurs, les premiers agriculteurs.  Jusqu’à l’arrivée de nos ancêtres, l’agriculture n’avait pas encore donné signe de vie dans l’Amérique du Nord.  les Acadiens se livrèrent avec intelligence et persévérance à cette profession, et dans un temps relativement court, ils devinrent les possesseurs de terres fertiles qui promettaient l’aisance et la prospérité.  Ce fut précisément leur succès en agriculture qui excita l’envie de leurs ennemeis et persécuteurs, dont la convoitise les porta à commettre ce vole éhonté et atroce qu’on a tenté de justifier par des prétextes mensongers et perfides, mais que l’histoire a depuis longtemps flétri.

Heureusement qu’un traitement plus humain de la part des autorités anglaises nous a fait pardonner sinon oublier les torts cruels et que nous pouvons dire aujourd’hui avec vérité: « Dieu et mon droit ».  C’est la colonisation et l’agriculture qui nous ont sauvés du naufrage national; grâce au privilège accordé aux sujets acadiens par le drapeau britannique de devenir propriétaires du sol dans le pays de leurs pères.  Aussi la couronne anglaise n’a jamais eu de sujets plus loyaux et plus dévoués que les Acadiens, dans les colonies.

Ce sont les Acadiens, par la colonisation et l’agriculture, qui ont fondé les villes et le pays tout entier que nous appelons les provinces Maritimes – l’Acadie.

Il n’y a pas de soldats plus valeureux que les colons qui s’attaquent courageusement à la forêt pour grandir et enrichir le domaine national: les Acadiens ont été ces soldats courageux et persévérants qui, en Acadie et dans la province du Québec, ont montré leur patriotisme en se livrant à la conquête de nouvelles régions, dans l’intérêt de la nation.

faison en ce jour de souvenirs glorieux, un pèlerinage en Acadie.  Car les Acadiens ont aussi des gloires nationales. Leurs trophées, c’est la croix et la charrue.  Dans ce pèlerinage nous remarquerons partout les traces du génie, du courage, de l’esprit de sacrifice et de dévouement de nos nationaux – qualités qui n’ont pas toujours été convenablement appréciées de ceux qui ont le plus profité de leurs nobles travaux.

Jetons d’abord un coup d’oeil sur le splendide panorama qui se déroule à nos regards étonnés, émerveillés.  La rivière Saint-ean, qui traverse ce beau pays, ne saurait être comparée aux majestueux Saint-Laurent, mais sous plusieurs rapport elle le surpasse.  ne sont-ce pas les Acadiens qui ont été les premiers à le naviguer, à l’explorer et à lui donner son nom?  Ce Madawaska, une des gloires de la colonisation acadienne, doit aux bras acadiens son défrichement et sa prospérité.  Heureuse idée que celle de célébrer notre fête nationale dans cette partie si pittoresque de l’Acadie!  Comme les Acadiens exilés on trouvé un refuge dans la province de Québec et sont devenus des éléments précieux pour cette province soeur, de même les Canadiens français venus au Madawaska sont devenus des auxiliaires précieux pour l’élément français de cette partie de l’Acadie.

Cette splendide démonstration aura pour effet de cimenter davantage la fraternité entre Canadiens et Acadiens, union si désirable et qui peut exister sans blesser les sentiments nationaux et sans préjudices à l’autonomie nationale.

 

Les magnifiques monuments religieux et civils qui décorent ce magnifique pays font le plus bel éloge des colons qui l’ont fondé.  Honneur aux colons qui ont fondé le Madawaska et aux agriculteurs qui ont continué leur oeuvre de civilisation avec tant de zèle et de dévouement!

Continuons notre pèlerinage dans le pays d’Évangeline.  Visitons les beaux comtés acadiens de Gloucester, Kent et Westmorland, en particulier, et nous seront émerveillés des superbes églises qui s’élèvent dans ces parages arrosés des sueurs des pauvres colons acadiens.  À Caraquet, un collège qui ferait honneur à n’importe quelle ville du Canada étonne le visiteur.  Les Pères Eudistes qui le dirigent avec grand succès ne manquent pas de reconnaître que c’est à l’agriculteur acadien qu’il doivent ce monument national.

Les couvents qui sont parsemés dans ces comtés acadiens redisent éloquement le zèle de nos cultivateurs acadiens pour l’éducation.

Arrivés à Memramcook, nous saluons avec orgueil le Collège Saint-Joseph, devenu Université, le berceau de notre relèvement intellectuel; là encore nous voyons avec admiration les résultats de la colonisation et de l’agriculture.  Traversons à l’Île-du-Prince-Édouard, le jardin du Canada, et dans ce beau et magnifique pays, nou trouvons les traces des exilés acadiens, qui, par la colonisation et l’agriculture, ont réunssi à se faire une nouvelle patrie.

Ne manquons pas de nous arrêter à la Baie Sainte-Marie, le berceau de l’Acadie ressuscité. 

Là aussi, nous voyons ce que peuvent faire la colonisation et l’agriculture.  Le Collège Saint-Anne, appelé à rendre de grands services au pays, à l’Acadie, est le fruit de l’industrie agricole, la mère nourricière en générale et des Acadiens en particulier.  Sans la colonisation, sans l’agriculture, nous n’aurions pas de patrie à nous, nous n’aurions pas d’Acadie, nos concitoyens ne jouiraient pas des avantages civils et religieux, dont on n’est pas suffisamment reconnaissant.

Le grand obstacle à l acolonisation et à l’agriculture en Acadie, c’est la désertion de plus en plus sensible et inquiétante des campagnes.  On s’imagine, sur de faux rapports et poussé par je ne sais quel mauvais génie, trouver fortune loin de son pays. On s’en va à l’aventure vers un inconnu qui sera pour la pupart une misère noire, sans parler des dangers encore plus redoutable sde perdre la foie ancestrale et les traditions nationales.  On habite des ateliers, des chantires, des fabriques ou l’on respire un aire empesté, ou l’esprit se pervertit, le coeur se corrompt, le caractère perd son ressort.

Plus déplorable est la situation des pauvres jeunes filles auxquelles un travail opiniâtre fournit à peine le nécessaire à la vie – simples fleurs des champs de l’Acadie qui ne tardent pas à s’étioler et à périr.

Je ne veux pas insinuer ici que cette jeunesse acadienne se déshonore et se perd infailliblement dans les villes américaines.  Dans tous les cas, la patrie, l’Acadie les regrettes parce que la colonisation et l’agriculture perdent des bras vigoureux dont le pays a un très grand besoin.

Saint Augustin nous dit: « Un devoir de la vertu, c’est de vitre dans la patrie et pour la patrie ».  Voilà ce que nos pères ont fait, ils sont restés dans la patrie, ils ont travaillé pour l’Acadie.  Pour elle ils ont versé leurs sueurs, leurs larmes et leur sang.  Ils ont fait de l’Acadie un pays de chrétiens, un pays de patriotes, un pays de héros.

Aujourd’hui, leurs descendants ne peuvent plus être considérés comme une partie négligeable dans l’Église et dans l’État.  L’avenir toujours donne à chacun son rang.  Les Acadiens auront leur tour.  Ils veulent conserver leur personnalité nationale, leur caractère particulier, les traits distinctifs de leur race, leur sphère d’action dans le pays fondé par leurs pères.  Pas la division, mais la distinction; pas l’indépendance, mais la liberté; pas un État dans l’État, mais une grande famille distincte, gardant sa physionomie propre, son foyer, ses autels.

C’est par la colonisation, l’agriculture et l’éducation qu’ils prétendent arriver à la possession de leurs droits, de tous leurs droits, dans l’Église et dans l’État, et se maintenire à la hauteur de leur destinée dans le pays des ancêtres.  L’Acadie, privée pendant longtemps d’un clergé national par des circonstances incontrôlables, voit maintenant avec bonheur un nombre assez considérable de ses enfants au service des autels, et je crois qu’il n’y en a pas un sel qui n’ait été fils de cultivateur et instruit par les économies et les sacrifices de ses parents acadiens.  Tous les progrès de l’Acadie sont le fruit des braves cultivateurs acadiens et on leur en tient peu compte.  Jamais ont-ils reçu leur part, la moindre part de l’encouragement accordé à leurs frères mieux partagés.  Ils sont ce qu’ils sont par la grâce de Dieu et l’éncertie admirable et indomptable de la race. On dit: « entêté commen un Cayen! ».  Heureusement, car sans cet entêtement, qui est une vertu pour les Acadiens, ils auraient disparu comme peuple et le Madawaska ne serit pas le témoin de cette magnifique démonstration.

 

Les Acadiens veulent vivre de leur vie nationale comme les autres peuples.  Ils l’ont déclaré à leur première convention tenue à Memramcook en 1881, en choisissant une fête nationale qui leur est propre – L’Assomption de la Sainte Vierge.  Ce choix a obtenu l’approbation de l’Église, et toutes les personnes de bonne volonté justifient cet acte de haute importance patriotique pour le petite peuple acadien.

Ils l’ont confirmé, ce choix, à la convention de Miscouche en 1884, lorsque les délégués de l’Acadie ont fait le choix d’un drapeau qui leur rappelle leur origine française et leur titre d’enfants privilégiés de Notre Dame de l’Assomption.  C’est encore à cette importante convention que le chant national a été pour ainsi dire inspiré et adopté au milieu d’un enthousiasme qui n’a jamais été surpassé en Acadie.  Vidimus Stellam ejus.  Nous avons vu son étoile et nous avons voulu l’acclamer par le plus beau champ composé en l’honneur de Marie, l’Ave Maris Stella.

À chacune de nos convensions nous avons affirmé notre existence comme peuple distinct, nous avons réclamé nos droits, comme catholiques et comme citoyens, et le devoir nous oblige à continuer cette lutte pour la vie.  Nous avons revendiqué le privilège et la justice pour notre population, de coloniser le pays, notre héritage civil, de préférence à des étrangers qui souvent sont peu appréciables ou du moins ne sauraient jamais remplacer avantageusement les enfants du pays.  Ne déshéritons pas les nôtres pour enrichir les étrangers.

On a élevé des monuments aux hommes distingués du Canada.  C’est dans l’ordre.  Pour moi, je demande à mes compatriotes que tous les coeurs acadiens servent de monuments à nos plus grands bienfaiteurs ,aux vrais héros de la patrie, les colons et les agriculteurs acadiens, passés, présents et futurs.

Le Moniteur Acadien, le 1er octobre 1908, p.3

L’Impérial, le 13 octobre 1908, p.1

Transcription: P. Richard